“Être un enfant placé ne devrait jamais être une honte”- SOS Villages d'Enfants

“Être un enfant placé ne devrait jamais être une honte”

Entre Alicia et l’Aide Sociale à l’Enfance, c’est une longue histoire. Accueillie en foyer dès ses deux ans, elle a rejoint le village d’enfants SOS de Marange-Silvange quatre ans plus tard. Si elle n’oublie pas son début de vie qu’elle juge compliqué, elle se dit aujourd’hui en paix.

 

ALICIA, UNE ENFANT SOS VILLAGES D’ENFANTS DEPUIS SON PLUS JEUNE ÂGE

Le parcours d'AliciaAlicia Benhenia vient d’avoir 21 ans. Ancienne enfant accueillie au village d’enfants SOS de Marange-Silvange, elle vit depuis avril dernier à Villemomble (Seine-Saint-Denis) avec Ramy. Le jeune homme a, lui aussi, connu l’Aide Sociale à l’Enfance et a été placé en famille d’accueil. Alicia et Ramy se sont rencontrés peu avant leur majorité et se sont mariés en juillet 2020.

 

Avant son déménagement, Alicia vivait dans un Foyer pour Jeunes Travailleurs de Metz. “J’y suis restée un an et demi après avoir passé 4 mois dans un studio mis à ma disposition par le village d’enfants SOS”, raconte-t-elle. Aujourd’hui, la jeune femme est fière de son autonomie. “Je me débrouille ‘comme une grande’, sourit-elle. J’ai fait mon changement d’adresse, j’ai trouvé une assurance habitation, ouvert mon compte de Sécurité sociale en ligne… J’aide aussi beaucoup Ramy qui est d’origine algérienne et a plus de mal que moi avec le français.” Son mari travaille pour un livreur de Pizza. Alicia, elle, cherche un poste de vendeuse de prêt-à-porter. “Cela correspondrait au BAC professionnel que j’ai en poche, dit-elle, mais je suis prête à travailler ailleurs pour commencer”.

 

« JE SUIS EN PAIX »

 

La jeune femme a été accueillie au village d’enfants SOS de Marange-Silvange à l’âge de 6 ans avec Soreges, son grand frère de 9 mois son aîné. Tous deux avaient d’abord été placés à leurs 2 ans dans un foyer pour la petite enfance de Forbach. Alicia ignore les raisons de cet éloignement de leur mère et de leur beau-père ; les enfants ayant peu vécu avec leur père. “Soreges a consulté notre dossier et il m’a déconseillé de chercher à savoir ce qu’il s’était passé. Aujourd’hui, je suis en paix et préfère ne pas ouvrir de nouvelles blessures”.

 

Pendants leurs placements, Alicia et son frère sont restés en contact avec leur mère et leur beau-père chez qui ils passaient un week-end sur deux. Ils voyaient aussi leur père une fois par mois, toujours chez leurs grands-parents. “Il avait des problèmes, explique Alicia avec pudeur mais lorsqu’on était avec lui, il était toujours apaisé.” La jeune femme assure d’ailleurs avoir toujours eu de bonnes relations avec ce dernier tout comme avec sa mère et son beau-père qui, assure-t-elle, “ont tous toujours fait tout ce qu’ils pouvaient pour leurs enfants.”

 

Sa mère et son beau-père, aujourd’hui séparés, ont eu 5 autres enfants après l’éloignement d’Alicia et Soreges. “Ces petits, c’était tout pour moi, c’étaient mes anges, raconte la jeune femme. Lorsque j’étais chez ma mère, je leur achetais des cadeaux avec mon argent de poche, je leur changeais les couches, leur donnais les biberons et j’aidais ma maman en faisant la vaisselle ou en nettoyant la maison.” Alicia les voit aujourd’hui beaucoup moins car ils ont, eux aussi, été placés en famille d’accueil.

 

CASSER LES PRÉJUGÉS

 

Alicia se souvient de la semaine qui a précédé son arrivée au village d’enfants SOS. “Nous avions été invités à y passer une journée. Je me rappelle que, pour le repas, notre future aide familiale nous avait préparé du jambon avec des petits pois carottes et des pommes de terre. Nous avions joué avec les 4 autres enfants qui vivaient déjà là et j’avais découvert la chambre que j’allais partager avec une autre fille. Cette pièce à la tapisserie bleue était si belle ! Il y avait une magnifique lampe en forme de fleur et un immense bureau rien que pour moi.”

 

Dans le village d’enfants SOS de Marange-Silvange, Alicia est restée jusqu’à ses 19 ans. Elle a été accueillie non par une mère SOS, mais par deux aides familiales. “Jusqu’à mon CM2, Sylvie et Olga se sont occupées de moi puis Esperance a pris le relai d’Olga partie en retraite”, raconte-t-elle. C’est avec Espérance qu’Alicia (qui la considérait comme sa mamie) a noué les liens les plus forts. “Nous sommes toujours en contact et je sais que je peux compter sur elle en cas de besoin.”

 

Malgré l’attention des équipes et le cadre chaleureux, Alicia a vécu difficilement son arrivée au village et ses relations avec les aides familiales ont souvent été difficiles. “J’étais très capricieuse et je n’aimais pas être comparée aux autres enfants de la maison. À l’école, je n’avais pas le cœur à travailler ; je ne pensais qu’à ma mère, mes petits frères et ma petite sœur… Mon corps était en classe, pas ma tête.”

 

Parmi les souvenirs marquants de sa vie au village d’enfants SOS, Alicia cite les nombreuses activités sportives et culturelles auxquelles elle a pris part. “J’avais notamment choisi de faire de la danse moderne jazz et du basketball.” Elle se souvient aussi des fêtes annuelles et des spectacles auxquels elle participait comme chanteuse ou danseuse devant ses parents et son beau-père, tous trois conviés. La jeune femme évoque également les colonies de vacances auxquelles SOS Villages d’Enfants lui a permis d’être inscrite. L’une d’elles a joué un rôle crucial puisque c’est pendant un séjour à Argelès-sur-Mer, qu’à 17 ans, elle a rencontré Ramy.

 

Dans un long texte Alicia a partagé son parcours afin, dit-elle, “de casser les préjugés et pour que les gens comprennent qu’être un enfant placé ne devrait jamais être une honte. Cela peut même être une chance. Il y a des hauts, beaucoup de bas, mais on trouve toujours des personnes qui vous aident et vous écoutent. J’aimerais d’ailleurs que ce soutien soit toujours aussi fort lorsqu’on a quitté la maison dans laquelle on a grandi.”