Remettre le pied à l'étrier - Parcours de Colina

Remettre le pied à l’étrier

Placée dès sa naissance, Colina fait preuve d’une farouche volonté pour construire sa vie d’adulte, quitte à mettre de côté sa passion pour l’équitation… temporairement, espère-t-elle.

 

parcours de Colina

 

Colina a 21 ans. Elle vit à Persan dans son propre appartement depuis plus de deux ans. « Je ne dépends plus de l’ASE », explique-t-elle, « je dois donc me débrouiller avec les 600 € que je touche dans le cadre de ma formation d’apprentie comptable ». L’étudiante, qui souhaite devenir courtière en banque ou assurance, vise un Master en marchés financiers, « et tout ceci en alternance », précise-t-elle, « car je n’ai pas le choix : je dois m’assumer seule ». Échanger quelques instants avec elle suffit à comprendre que l’univers des chiffres n’est pas sa plus grande passion. « Pour moi, faire des études est important, car cela me permettra d’avoir un bon emploi et de m’assurer une sécurité financière pour l’avenir ». Car ce qui fait réellement battre son cœur, c’est l’équitation. Un sport qu’elle a découvert à l’âge de 4 ans et dans lequel elle excelle, en témoignent ses titres de championne départementale, régionale et vice-championne de France Junior 2017 du concours complet (dressage, cross et obstacles) !

 

Mais revenons quelques années en arrière. Colina qui a été placée dès sa naissance sait seulement que sa mère n’était pas en capacité mentale de s’occuper d’elle ni de son frère aîné (3 ans plus âgé) comme de leur petit frère, né deux ans après elle. Après quelques mois en pouponnière, la petite fut accueillie en famille d’accueil qui, pour elle, s’apparenta vite à sa vraie famille. Un sentiment d’autant plus fort que Colina ne connaît personne de sa famille de sang ; elle n’a même jamais vu son père. « Je n’ai rencontré que ma mère lors des visites médiatisées… et c’étaient des moments compliqués. Je ne comprenais pas bien sa place car ce n’était pas elle que j’appelais maman ».

 

Le destin de la fratrie va basculer en 2011 lorsque leur mère d’accueil décède des suites de maladie. Le père, dont ce n’est pas le métier, ne peut continuer la mission de famille d’accueil et les enfants sont alors placés dans des familles différentes. « Cela a duré six mois, jusqu’à notre arrivée au village d’enfants SOS de Persan », raconte Colina avec le sourire. « Nous retrouver… il n’y avait rien de plus beau ! À trois nous nous sentions plus forts, car nous appréhendions beaucoup cette nouvelle vie ».

 

Remise en selle

Après une première année passée dans un pavillon dédié à l’accueil d’urgence, la fratrie rejoint sa maison familiale définitive où Colina prend vite ses marques. « J’ai apprécié la vie au village d’enfants SOS. Nous ne manquions de rien, on nous témoignait de l’affection, de l’attention… Peut-être n’y a-t-il pas eu autant d’attachement qu’avec celle qui était devenue ma mère de cœur mais j’ai reçu de l’amour de la part des éducatrices et cela a fait de moi une enfant équilibrée et épanouie… Je suis restée proche de ma mère SOS, c’est ‘elle’ ma famille aujourd’hui ».

 

La direction du village d’enfants SOS de Persan va permettre à Colina de continuer à pratiquer l’équitation une à deux fois par semaine. « Et j’ai financé mes premières participations à des concours en faisant des petits boulots ». La jeune femme considère l’équitation comme « un véritable acteur spirituel » dans sa vie « et cela a fait de moi la femme déterminée que je suis aujourd’hui ». Alors, lorsque le coach d’une écurie repéra son talent et lui proposa d’intégrer son équipe, ce fut une immense fierté. « Mais j’ai dû lui expliquer ma situation familiale et que je n’avais pas les moyens de louer mon propre poney et d’en financer les frais, comme c’est l’usage ». Le coach insista : n’avait-elle aucun moyen de poursuivre les compétitions ? Colina monta alors un dossier qu’elle présenta au siège parisien de SOS Villages d’Enfants qui accepta de lui financer une première année dans l’écurie. Belle intuition car c’est à la fin de celle-ci que l’adolescente décrocha le titre très convoité de vice-championne de France junior !

 

Tout ne fut cependant pas rose. « J’ai subi la méchanceté des autres enfants du club qui voyaient d’un mauvais œil l’arrivée d’une ‘noire, enfant de la Ddass’ comme ils disaient… ». Après son titre, des éleveurs l’ont approchée, prêts à lui confier leurs chevaux, persuadés que Colina pouvait faire une carrière professionnelle. « SOS Villages d’Enfants a accepté de me financer une année de plus dans mon écurie et cela m’a énormément touchée de voir que le village croyait en moi ». Toutefois, la jeune femme va se concentrer sur la réussite de son BAC qu’elle avait raté l’année précédente. « Il est rare de pouvoir vivre de l’équitation et je savais que j’allais devoir quitter le village d’enfants SOS de Persan. Ma priorité c’était de réussir mes études ».

 

Pour s’installer chez elle et payer ses premières factures, Colina a été contrainte de vendre son équipement d’équitation, « même ma selle que j’avais mis tant de temps à m’offrir », regrette-t-elle. « Cela fut très dur mais je n’avais pas le choix : c’était ça ou la rue ». Après une année sans monter, la jeune femme avait perdu beaucoup de sa joie de vivre. Elle a donc décidé de refaire des petits boulots afin de s’offrir quelques cours… et de susciter l’admiration de ses nouveaux professeurs  ! « Mon coach actuel me pousse à faire une carrière professionnelle en marge de mes études. Il m’a assurée qu’il me trouverait un cheval à prêter si, de mon côté, je trouvais des sponsors afin de payer les frais : soins, inscription au concours, équipements, etc. ». Colina est donc à la recherche de sponsors ou mécènes. « Je lance un appel à vos lecteurs », sourit-elle, « sait-on jamais… ».

 

La jeune femme envisage aussi de passer un diplôme d’État pour devenir coach. « J’aimerais donner des cours à des enfants, notamment à ceux qui sont placés car l’équitation permet de prendre confiance en soi, parfois même de prendre conscience de soi. J’ai énormément reçu de SOS Villages d’Enfants et de leurs donateurs que je remercie infiniment. Initier les enfants au cheval, ce serait rendre un peu de ce que j’ai reçu ».

 

Colina rêve de pouvoir reprendre la compétition et de remonter sur les marches des podiums. Elle a pour cela besoin de matériel, de sponsors, de mécènes…

 

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