« L’affection, c’est ce qui me manquait le plus »

Arrivée en village d’enfants très jeune et très en colère, Léa mesure tout ce que l’association lui a apporté.

Léa, 20 ans, est auxiliaire de vie à domicile pour personnes âgées, « depuis trois ans », précise-t-elle avec une pointe de fierté. Léa a été embauchée à la fin de son année de terminale. Elle avait pourtant raté son bac professionnel « Accompagnement, soins et services à la personne », mais ses nombreux stages lui avaient donné toutes les compétences pour convaincre les employeurs, explique-t-elle. 

« Je fais les toilettes, les courses, les repas, j’accompagne les personnes à leurs rendez-vous médicaux… J’aime mon travail. Chaque matin, je suis heureuse de retrouver mes petits papis et mamies. Les autres auxiliaires ont souvent autour d’une cinquantaine d’années. J’ai un autre vocabulaire et une autre manière de travailler, plus dynamique et plus directs sans doute, qu’ils aiment bien. »     

Aujourd’hui, Léa a son propre appartement à Metz qu’elle partage avec son compagnon rencontré il y a un an, le jour de son anniversaire, précise-t-elle avec le sourire. « Nous avons déjà évoqué le projet d’avoir des enfants, raconte la jeune femme. Nous aimerions en avoir deux. Nous espérons aussi pouvoir déménager un jour dans une belle maison, mais nous ne partirions pas trop loin de Metz, sinon, cela me poserait des problèmes pour mon boulot. » 

ILS M’ONT FAIT GRANDIR 

Née à Sarrebourg, en Moselle, Léa a été confiée à la protection de l’enfance peu après sa naissance, mais de son histoire personnelle, elle ne sait rien. La jeune femme n’a pas connu sa mère, décédée sans doute lorsqu’elle n’était encore qu’un bébé. Son père n’avait pas obtenu le droit de garde de ses trois enfants : Léa, sa sœur jumelle et un frère de deux ans plus âgés qu’elles. La fratrie a rejoint le village d’enfants de Marange-Silvange en 2009, après avoir vécu quelques années en foyer. « À notre arrivée, la maison était toute neuve et son aménagement pas totalement achevé, se souvient Léa. Mais ce qui m’a vraiment marquée, c’est ma chambre, toute rose, avec des couronnes, des poupées, un grand lit… de princesse ! J’en ai pris plein les yeux. » 

La petite Léa de 4 ans était alors une enfant très craintive, toujours collée à sa sœur mais aussi, mal dans sa peau. « J’étais, Madame Colère, dit-elle, même si je ne savais pas bien pourquoi j’avais cette colère en moi. » La relation qu’elle a pu nouer avec les éducateurs du village reste un souvenir marquant pour elle. Isabelle, sa toute première aide familiale, qui est restée dans sa maison jusqu’à ses 10 ans, lui a beaucoup apporté. « C’était un peu ma mamie, ma figure d’amour, raconte-t-elle. L’affection, c’est ce qui me manquait le plus. J’en réclamais beaucoup, peut-être même trop…» 

Ses relations avec ses éducatrices n’étaient pas toujours simples, reconnaît Léa. Elle a notamment fait vivre des heures compliquées à Jasmine, sa dernière mère SOS, en multipliant les crises d’adolescence, les rébellions. « Aujourd’hui, je comprends à quel point tout le monde au village m’a fait grandir, analyse-t-elle. Ils ont toujours été derrière moi pour m’encourager, me soutenir, me conseiller, me recadrer… Même si je ne l’ai pas toujours bien vécu, aujourd’hui, je les remercie  : ils m’ont sauvée. » 

DES SOUVENIRS ET DES LIENS QUI PERDURENT  

De sa vie d’enfant au village SOS, Léa retient d’abord les beaux souvenirs. « Il y en a eu tant que je ne sais pas lequel citer », commence-t-elle avant d’évoquer les séjours dans le cadre du programme d’épanouissement par le sport (PEPS). Le PEPS permet à des jeunes de différents villages de vivre en commun pendant trois fois une semaine et de découvrir des activités sportives. « J’ai participé au PEPS des sports aquatiques, raconte Léa. J’avais 12 ans. On m’avait un peu forcée à y aller pour que j’apprenne à canaliser mes émotions. Je n’avais pas envie de participer, mais ça a été génial ! Lors de la dernière semaine, nous avons navigué sur un voilier entre la Normandie et la Vendée. » 

Léa a quitté le village à ses 18 ans sur un coup de tête ou, plus exactement, un coup de cœur pour un garçon. L’aventure a tourné court et la jeune femme est revenue vivre au village d’enfants quelques semaines avant de prendre son propre appartement.  

Si elle est encore très proche de sa sœur, aide-soignante de formation et qui vit dans un foyer de jeunes travailleurs près de chez elle, Léa a peu de contacts avec son frère, raconte-t-elle sans s’étendre sur ce sujet qui la peine. Elle a encore des liens réguliers avec l’équipe du village d’enfants, notamment avec un éducateur et avec sa dernière mère SOS. « Je suis très reconnaissante aux éducateurs de SOS Villages d’Enfants. C’est grâce à eux que je suis devenue une autre personne, une meilleure personne. »